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Cinémathèque Française

A l'occasion de la 3ème édition du Festival International du Film Restauré Toute la mémoire du monde (28 janv. – 1e fév.), Costa Gavras, Président de La Cinémathèque française et Francis Ford Coppola (American Zœtrope) annoncent officiellement, après six années de travaux préparatoires, le début de la restauration du chef d'œuvre d'Abel Gance, Napoléon (1927), sous la direction de Georges Mourier, avec le soutien du CNC. Véritable « baobab dans un jardin à la française », (selon l'expression de l'historien du cinéma Philippe Esnault), Napoléon n'a jamais cessé de susciter à la fois passion pour sa créativité, et intérêt pour son destin exceptionnel. Acclamé lors de sa création, oublié vingt ans après, on n'en dénombre pas moins de 22 versions et de 5 restaurations argentiques au début des années 2000, situation unique dans l'histoire du cinéma.

En 1927, Napoléon avait été montré dans deux versions : une de 4h, présentée à l'Opéra de Paris avec les triptyques, l'autre de 9h30, présentée au Théâtre Apollo sans les triptyques. C'est sur cette version que Gance fixa le montage définitif de Napoléon estimé entre 6h30 et 6h45. Le film connut jusqu'en 1971 plusieurs remontages et différentes versions dirigées par Abel Gance. En 1949, Henri Langlois entreprend avec Marie Epstein un long travail de sauvegarde et de restauration, tentant d'obtenir une version muette la plus complète possible. Plusieurs restaurations effectuées avec les moyens et connaissances de leur époque se sont alors succédées, celles de Kevin Brownlow (1973, 1982 et 2000) ou de Bambi Ballard (1992).

Cependant, la situation du film en 2007 était devenue paradoxale et bloquée : la succession d'interventions à diverses époques relevant de différents objectifs mais aussi de différentes méthodes, avait rendu illisible l'histoire de ce film et donc impossible de déterminer quelle avait vraiment été sa version originelle.

La Cinémathèque française, à qui le réalisateur Claude Lelouch avait offert les droits du film pour la France, décida alors la mise en chantier d'une vaste expertise sous la conduite du chercheur et réalisateur Georges Mourier. De 2008 à 2014 furent ainsi expertisées, à l'échelle nationale et internationale, plus d'un millier de boîtes (environ 100 000 mètres de pellicule !) dont 400 redécouvertes dans leur état de 1971 et qui n'avaient servi à aucune restauration précédente. De même, de 2002 à 2010, La Cinémathèque française classa l'immense fonds des archives papier de Gance qu'elle détenait dans ses collections, lui aussi inaccessible lors des restaurations précédentes. C'est dans ce fonds qu'un document capital fut retrouvé, véritable « pierre de Rosette » : la liste et l'ordre des scènes de la version Appolo, et leur métrage respectif.

L'expertise, croisée avec l'étude des archives papier, a mis en évidence l'existence jusqu'ici insoupçonnée de deux négatifs originels aux choix artistiques différents. Toutes les restaurations effectuées depuis 1949 avaient utilisé indistinctement des éléments des deux versions Opéra et Apollo, perdant ainsi le montage spécifique à chacune des versions. Aujourd'hui, après six années de travaux préparatoires, La Cinémathèque française est en mesure d'entreprendre la première restauration numérique de ce film légendaire. Les travaux seront réalisés au Laboratoire Éclair.

Francis Ford Coppola (American Zœtrope) et Robert A. Harris (The Film Preserve Ltd.) détenteurs des droits monde du film d'Abel Gance se sont associés à ce projet de restauration. En 1979, avec l'aide de Tom Luddy et Bill Pence, la restauration de Kevin Brownlow a été présentée au Festival du film de Telluride.

Robert A Harris et Tom Luddy, avec l'accord de Francis Ford Coppola, ont organisé une projection test de Napoléon à Minneapolis, pour permettre à Carmine Coppola et Abel Gance de discuter de la création d'une partition orchestrale pour Napoléon. Le 23 janvier 1981, la première représentation de Napoléon avec cette musique eut lieu au Radio City Music Hall de New-York. Ce fut une date déterminante dans l'histoire du film. Francis Ford Coppola a décidé de faire réaliser la nécessaire adaptation de la partition orchestrale de Carmine Coppola à la nouvelle restauration, dans la perspective d'une exploitation mondiale du film.

Le CNC apporte aujourd'hui son soutien financier afin de permettre le lancement de cette ambitieuse restauration. Cependant, ce projet colossal ne pourra aboutir qu'avec de nouveaux financements. La Cinémathèque française lance en 2015 une vaste campagne de mécénat populaire et recherche d'ores et déjà de généreux mécènes pour permettre au public d'aujourd'hui de découvrir ce chef-d'œuvre du cinéma mondial. « Le Cinéma, disait Abel Gance, c'est la musique de la lumière ». La restauration de Napoléon dans la version Apollo, avec intégration du triptyque final, permettra enfin de proposer le film dans une durée d'environ 6h25, en restituant l'ensemble au plus près du montage originel dans sa rythmique musicale, voulue par Gance en 1927 et ainsi de retrouver sa lumière.

Rendez-vous en 2017 pour découvrir ce chef d'œuvre tel qu'il n'a plus été vu depuis 90 ans.

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